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Apprentissage par problème : retour sur la formation du FA2L

Les 21 et 22 mars 2019, près de 40 enseignants et ingénieurs pédagogiques de l’IUT de Bordeaux se sont réunis pour une formation à l’Apprentissage Par Problème, aussi appelé APP.

Le principe de base de cette formation consiste à faire vivre une situation d’apprentissage par problème aux participants. Cette phase est suivie d’un temps d’échange et d’explication permettant de revenir sur ce qui s’est passé et sur la mise en œuvre de ce type de pédagogie.

Deux formateurs experts en APP, Benoit Raucent et Cécile Van der Borght, ont fait le déplacement depuis l’Université catholique de Louvain pour l’occasion. Ils ont été épaulés tout au long de ces deux jours par Adrien Gintrand et Benoit Granet, enseignants du département Génie Civil – Construction durable, eux mêmes formés à l’apprentissage par problème.

Retour sur les temps forts de cette formation organisée par PARI.

Les rôles dans un groupe d’apprentissage

La formation commence sur les chapeaux de roue par une première mise en situation.  Celle-ci a pour but de mettre en évidence l’importance des rôles de chacun pour le bon fonctionnement d’un groupe d’apprentissage : barreur, scribe, secrétaire, gardien du temps, …

Un premier sujet leur est donné : « l’université dispose d’un résidu de budget et fait appel à des porteurs de projet qui souhaitent en bénéficier ». Chaque groupe doit en quelques minutes construire un projet puis le présenter à tous. Cet exercice est l’occasion pour les formateurs d’observer les participants et de leur faire un retour sur ce premier travail d’équipe. Deux problèmes principaux sont relevés :

– un manque d’écoute illustrée par de nombreuses conversations croisées, avec pour conséquence des personnes qui s’expriment peu dans le groupe.

– des activités redondantes telles que la prise de notes

– une sous utilisation du tableau mis à leur disposition, puisqu’il doit servir d’avantage comme outil de travail évolutif que comme support pour synthétiser

« Une grande partie de la population est visuelle (certains auteurs s’accordent pour dire qu’il y en a entre 40 et 65%), ce qui signifie que ces apprenants  ont besoin de voir pour comprendre, pensons à eux. » explique Benoit Raucent. Barrer, effacer, réécrire est donc important.

Donner des rôles dans un groupe permet d’être plus efficace et place les personnes dans une meilleure situation d’écoute.

La séquence d’apprentissage par problème peut commencer. Celle-ci se déroule en 3 temps :

– une séance  « Aller », en groupe, avec le formateur
– un temps de « Travail autonome »
– une séance  « Retour » en groupe avec le formateur.t

APP, la séance aller

Après ce travail préparatoire, chaque groupe a pour consigne de s’organiser, notamment à l’aide de rôles. Ils ont à leur disposition 7 chevalets avec 7 rôles qu’ils sont libres d’utiliser ou non : Circulateur de parole, Activateur, Gardien du temps, Porte-parole, Faiseur de point, Scribe, Secrétaire et Barreur. L’appropriation des rôles peut également être amenée progressivement, en fonction des difficultés rencontrées par chaque groupe.

La séance aller de l’APP commence par une mise en situation qui a pour but de contextualiser les apprentissages à acquérir.

Dans le cas présent, il s’agit d’apprentissages concernant le vin et son impact sur la santé, un thème éloigné des connaissances des personnes en formation pour qu’elles soient dans une situation semblable à celle de leurs apprenants.

La mission assignée aux groupes était la suivante :

« […] Le chef de cabinet de la ministre de la santé française réunit des experts et annonce : « la France et la Suède sont, en Europe, deux des pays qui, en 2018, avaient la plus longue espérance de vie (82 ans). La consommation de vin annuelle par personne est de 45L en France et de 23L en Suède.

Préparez un bref rapport argumenté pour répondre aux question suivantes :

– Y a-t-il une relation entre la consommation annuelle de vin et l’espérance de vie ?
– Le vin a-t-il d’autres effets sur la santé (positifs et négatifs) ?
– Y a-t-il des risques spécifiques en fonction des catégories de personnes ?
– Que faut-il recommander pour une bonne hygiène de vie et pourquoi ? »

Après quelques réflexions, chaque groupe se répartit les tâches pour le travail individuel à venir. Le besoin de se documenter sur le sujet apparait comme une évidence.

Benoit Raucent explique que le processus habituel consiste à se répartir le travail par tâche, autrement dit à effectuer chacun une recherche sur un sujet différent. Pourtant, en situation d’apprentissage, «chacun des apprenants doit apprendre la même chose ». La duplication de tâche de recherche est indispensable.

Les groupes adoptent des modes de fonctionnement différents. Dans certains, une tâche de recherche est assignée à un individu.

Dans d’autres groupes, une tâche de recherche est assignée à tous mais doit être effectuée de façon individuelle. Les tâches de recherche restantes sont attribuées à des binômes qui doivent les réaliser individuellement. Cela permet aux membres d’une équipe d’échanger et de s’assurer de la bonne compréhension de l’ensemble des éléments clés et de disposer d’un socle de connaissances commun.

APP, le travail individuel

Grâce à l’organisation mise en place lors de la séance aller, l’ensemble des composantes du problème posé sont documenté. Benoit Raucent explique que l’Apprentissage Par Problème est « une situation d’apprentissage individuel encadrée par le groupe ». Ce temps individuel est primordial pour monter en compétence et développer une certaine expertise sur le sujet. Choisir eux même ce qu’ils veulent faire est également une bonne source de motivation pour les apprenants.

APP, la séance retour

Après ces recherches individuelles, chacun prend plaisir à débattre, à partager et à expliquer ses apprentissages. Benoit Raucent constate le changement de posture au sein de chaque groupe. Tous sont impliqués, certains regardent dans la même direction, travaillent ensemble alors que d’autres suivent leur idée et ne s’occupent pas de ce qui se passe autour d’eux. Les formateurs, grâce à leurs questions, accompagnent  le travail de mise en commun … Ce dernier sprint est assez intense, chaque groupe préparant la restitution de plusieurs heures de travail.

Une fois le temps imparti écoulé, chaque participant auto-évalue le fonctionnement de son groupe :

– la production de l’équipe
– l’ambiance dans l’équipe
– l’organisation du travail
– l’implication et l’expression de chacun
– la relation avec le tuteur
– la relation à la situation problème.

Cette autoévaluation individuelle a pour objectif de faire parler le groupe. Les tuteurs s’intéressent aux différences de perception au sein de l’équipe  afin qu’elle puisse s’améliorer. Ils analysent avec chaque groupe les réponses obtenues et échangent sur des solutions aux difficultés rencontrées. Les participants, demandent alors pourquoi le tuteur ne leur a pas proposé ces solutions durant les travaux puisqu’il en avait conscience. Benoit Raucent leur explique « Je veux que vous disiez par vous-même là où je veux que vous arriviez ».

Echanges autour de l’Apprentissage Par Problème

Chaque participant est invité, dès le début et tout au long de la formation, à écrire sur des post-it les questions qui lui viennent à l’esprit concernant la mise en œuvre de l’APP et à les déposer sur un panneau. Dans cette dernière phase, les formateurs apportent des réponses aux questions déposées. Elles portaient sur l’APP, la façon d’évaluer les acquis, le rôle du tuteur, la façon de construire les groupes d’apprentissage,…

Les premiers échanges ont permis de construire une définition commune de l’Apprentissage Par Problème. Tous s’entendent sur l’intérêt d’un apprentissage sans cours en amphithéâtre, durant lequel les apprenants sont confrontés à un problème. Celui-ci est rédigé par l’enseignant ou le groupe d’enseignants en fonction des acquis d’apprentissage visés par cette activité. L’étudiant qui apprend est au centre de cette démarche puisque c’est un apprentissage individuel encadré par le groupe.

Les forces de cette approche ressortent clairement pendant les échanges :

– pas de durée propre à chaque phase
– l’APP peut être adapté à toutes les disciplines
– l’apprentissage par problème est intéressant en début de cursus et est complémentaire
  
d’un apprentissage par projet  en fin de cursus.

Le rôle du tuteur est ensuite détaillé. En APP, le tuteur affirme peu. Il pose des questions, recentre et suggère pour susciter les réflexions. Poser des questions à chaque individu du groupe est un élément clé. « Dire ne suffit pas » explique Benoit Raucent. En situation d’apprentissage, il faut être confronté à une situation, réfléchir, chercher des solutions …

L’APP permet aussi de changer la perception des enseignants par les étudiants.
 
Anciennement sanctionneurs, les enseignants  deviennent accompagnateurs.

Grâce à leurs retours d’expérience, Benoit Raucent et Cécile Vander  Borght s’entendent pour dire qu’un des éléments principaux de la mise en place d’un APP, réside dans le travail de l’équipe enseignante !

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